Durée totale : 60 minutes · 3 participants · Rôles tirés au sort
I
Fondements et recommandations de la littérature
Le jeu de rôle est reconnu dans la littérature sur la formation en TCC comme l'une des modalités
d'apprentissage actif les plus efficaces pour développer des compétences procédurales — c'est-à-dire la
capacité à mettre en œuvre des techniques en situation réelle (Bennett-Levy et al., 2009 ; Rønning &
Bjørkly, 2019). Par opposition aux approches passives (lecture, conférence), la répétition comportementale en
jeu de rôle permet l'intégration de savoirs déclaratifs et procéduraux.
En contexte d'autoformation entre pairs, plusieurs conditions améliorent la qualité pédagogique de l'exercice.
Les éléments qui suivent sont tirés des recommandations empiriques disponibles.
Mécanismes pédagogiques clés
L'efficacité du jeu de rôle repose sur plusieurs mécanismes convergents : la simulation d'un contexte réel
réduit le coût émotionnel de l'erreur, ce qui favorise l'expérimentation ; incarner le rôle du patient
développe une empathie expérientielle qui transforme la compréhension théorique du vécu clinique ; enfin, la
position d'observateur constitue en elle-même un exercice cognitif distinct, mobilisant la réflexivité et la
capacité d'observation clinique structurée.
Point d'ancrage théorique : Bennett-Levy et al. (2009) distinguent l'apprentissage déclaratif
(savoir que) de l'apprentissage procédural (savoir comment faire). Le jeu de rôle est la méthode la mieux
adaptée au développement du second registre — celui qui détermine la qualité réelle de la pratique clinique.
Points d'attention spécifiques à l'autoformation
Absence de superviseur : les retours reposent entièrement sur les pairs. Il est recommandé de s'appuyer sur
des axes d'observation prédéfinis pour structurer le débriefing et éviter les feedbacks trop généraux ou
trop personnels.
Le rôle du patient peut être émotionnellement engageant. Chaque participant doit se sentir libre
d'interrompre ou d'ajuster l'intensité du scénario. Un signal convenu (« pause ») peut être utile.
Les vignettes choisies doivent rester émotionnellement gérables — éviter les thématiques traumatiques ou
trop proches de situations personnelles connues du groupe.
La rotation systématique des rôles à chaque séance est recommandée pour que chacun intègre les trois
perspectives (Crowe, 2014 ; Rønning & Bjørkly, 2019).
La brièveté des séquences (15–20 min par jeu de rôle) est préférable, surtout en début de pratique — elle
limite la fatigue et maintient la qualité de l'engagement.
Rôle de l'observateur
L'observateur n'est pas spectateur passif : son rôle est documenté comme pédagogiquement aussi riche que celui
du thérapeute (Rønning & Bjørkly, 2019). Il bénéficie d'une position méta qui développe la capacité de
supervision de soi. Pour être utile, l'observation doit être orientée par des tâches spécifiques définies
avant le début du jeu de rôle (voir grille ci-dessous).
✦ ✦ ✦
II
Structure temporelle de la séance
La répartition suivante est conçue pour une séance de 60 minutes avec un seul jeu de rôle suivi d'un
débriefing approfondi. Elle peut être adaptée pour deux jeux de rôle courts si le groupe est rodé.
DuréePhase
0–5 min
Mise en placeTirage au sort des rôles · Sélection de la vignette · Lecture du scénario par tous
5–10 min
Briefing des rôlesLe thérapeute formule son intention pour la séance · L'observateur choisit ses axes d'attention · Le
patient s'imprègne du personnage
10–30 min
Jeu de rôleSimulation de 20 minutes — le thérapeute mène · le patient répond · l'observateur note
30–35 min
Sortie de rôleSignal collectif de fin · Chacun nomme brièvement son état émotionnel · décompression avant
débriefing
35–55 min
Débriefing réflexifParole d'abord au thérapeute · puis au patient · puis à l'observateur · discussion collective guidée
par les axes
55–60 min
Clôture et méta-réflexionUn mot par personne sur ce qu'elle retient · éventuel point pour la prochaine séance
Ordre du débriefing : La littérature recommande de donner la parole en premier au thérapeute
— pour éviter que le retour de l'observateur ne colonise sa propre réflexivité. L'auto-évaluation précède le
feedback externe.
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III
Description des rôles
Psychothérapeute
Mène la séance avec un objectif formulé
Applique les techniques TCC de façon adaptée
Gère le cadre, le temps, la relation
Note mentalement ses hésitations
Peut interrompre pour « geler » la scène
Patient
Incarne la vignette sans excès dramatique
Réagit de façon authentique à la relation
N'aide pas le thérapeute — reste dans le rôle
Peut nuancer l'intensité si besoin
Se déroule après sur son vécu du rôle
Observateur
Choisit 2–3 axes d'observation avant le début
Prend des notes factuelles et comportementales
Évite les jugements de valeur
Structure le feedback : d'abord ce qui fonctionne
Anime la discussion collective si besoin
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IV
Tirage au sort des rôles
Chaque participant tire un billet. L'outil ci-dessous simule le tirage — ou utilisez trois billets pliés.
Participant A
Participant B
Participant C
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V
Vignettes cliniques
Trois vignettes sont proposées. Les vignettes I et II sont des premières rencontres — chaque
rôle dispose d'informations différentes, accessibles séparément. La vignette III simule une séance avancée.
Choisissez-en une avant la séance ou tirez-la au sort.
Protocole de lecture pour les vignettes I et II : une fois la vignette choisie et les rôles
tirés au sort, chaque participant ouvre uniquement l'accordéon correspondant à son rôle. Personne ne
lit la section des autres avant le début du jeu de rôle. L'observateur ne lit aucune section cachée.
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VI
Grille d'observation pour l'observateur
L'observateur sélectionne avant le début 2 à 3 dimensions à observer. Il note des faits comportementaux — ce
qui a été dit ou fait — et non des jugements. Le feedback commence par les points forts.
Dimension
Ce que j'observe (faits)
Questions à poser
Alliance / relation
Ton, posture, validation, synchronisation verbale
Le patient se sentait-il compris ? À quel moment ?
Structure de séance
Agenda, bilan de séance, lien avec la séance précédente
La séance avait-elle une direction claire ?
Questionnement socratique
Questions ouvertes, guidage sans imposition, rythme
Le thérapeute a-t-il laissé de l'espace ?
Conceptualisation
Lien cognition–émotion–comportement explicité ou implicite
Le modèle TCC était-il visible dans le travail ?
Flexibilité technique
Ajustements face aux résistances, moments d'hésitation
Qu'aurait-on pu essayer d'autre ?
Gestion émotionnelle
Régulation du thérapeute, tempo, silences
Y a-t-il eu des moments de tension ? Comment gérés ?
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VII
Axes pour le partage réflexif
Le débriefing est le cœur pédagogique de la séance. Il suit l'ordre : thérapeute → patient → observateur →
discussion collective. Les questions suivantes servent de fil directeur — elles ne doivent pas toutes être
traitées.
Voix du thérapeute
Intention
Quel était mon objectif au début de la séance ? L'ai-je maintenu ?
Moment clé
Y a-t-il eu un moment où j'ai hésité ou changé de cap ? Pourquoi ?
Résonance
Qu'est-ce que ce patient a provoqué en moi — pensées, émotions, impulsions ?
Conceptualisation
Comment ai-je compris ce qui se passait pour ce patient ? Cela a-t-il guidé mes choix ?
Ce que je ferais autrement
Si je recommençais cette séance, qu'est-ce que je changerais ?
Point fort
Qu'est-ce que j'ai bien fait ? (répondre sans minimiser)
Voix du patient
Expérience du rôle
Comment ai-je vécu d'incarner ce patient ? Qu'est-ce qui m'a surpris ?
Moments de connexion
À quel(s) moment(s) ai-je eu l'impression d'être vraiment entendu ?
Ce qui m'a manqué
Y a-t-il eu quelque chose que j'attendais du thérapeute et qui n'est pas venu ?
Compréhension du patient
Qu'ai-je appris sur la logique interne de ce profil clinique ?
Voix de l'observateur
Faits observés
Quels moments ou gestes spécifiques ai-je notés — ce que j'ai vu et entendu ?
Points forts d'abord
Qu'est-ce qui a fonctionné dans la conduite de séance ?
Pistes d'enrichissement
Quelles alternatives techniques auraient pu être explorées ? (sans jugement)
Ce que j'apprends
Qu'est-ce que cette observation me dit sur ma propre pratique ?
Discussion collective
Convergences
Qu'est-ce que les trois perspectives ont en commun ?
Divergences
Où nos lectures de la séance ont-elles différé ? Qu'est-ce que ça dit ?
Généralisation
Qu'est-ce que ce jeu de rôle éclaire dans notre pratique quotidienne réelle ?
Prochaine séance
Quel thème ou technique voulons-nous approfondir la prochaine fois ?
Règle du feedback : tout retour commence par un élément positif et spécifique. Les
suggestions sont formulées à la première personne (« j'aurais peut-être essayé… ») et non comme des
prescriptions. L'absence de superviseur rend la bienveillance mutuelle d'autant plus essentielle.
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VIII
Références sélectionnées
Bennett-Levy, J., McManus, F., Westling, B. E., & Fennell, M. (2009). Acquiring and refining CBT skills
and competencies. Behavioural and Cognitive Psychotherapy, 37(1), 1–20.
Crowe, A. (2014). Teaching psychotherapy skills with a semester-long role play.
Journal of Psychotherapy Integration, 24(3).
Prasko, J. et al. (2023). Role-playing in cognitive behavioral supervision.
Neuroendocrinology Letters, 44(2), 74–85.
Rønning, S. B., & Bjørkly, S. (2019). The use of clinical role-play and reflection in learning therapeutic
communication skills in mental health education. Advances in Medical Education and Practice, 10,
415–425.
MHPSS Hub / Psychosocial Centre (2024). Role Play Guidance for Facilitators of MHPSS Trainings.